Après avoir longtemps affirmé “un plus un égal quatre” , A. (11 ans) s’est décidé à retourner sa veste:
- Un plus un égal deux !
- Mais enfin, A., qu’est-ce qui t’arrive?
- Je me transforme en adulte.
Après avoir longtemps affirmé “un plus un égal quatre” , A. (11 ans) s’est décidé à retourner sa veste:
- Un plus un égal deux !
- Mais enfin, A., qu’est-ce qui t’arrive?
- Je me transforme en adulte.
La direction d’une école (la “nôtre”) à Bruxelles vient d’envoyer aux parents un message qui commence ainsi :
” Il semble que certains d’entre vous soient soucieux de connaître l’évolution de la grippe A au sein de notre école. Comme je vous l’ai indiqué depuis la rentrée, et au vu de la situation au sein de notre école, il est de notre devoir d’éviter la psychose collective sur ce problème “
Tout est dit, non ?
Le titre de l’article du professeur G.Contogeorgis La révolte de la jeunesse en Grèce et le caractère politique de la crise actuelle a l’air incolore. Toutefois il tient ses promesses et explique vraiment la cause politique de la révolte grecque. Quelques extraits:
La révolte de la jeunesse grecque provoquée par l’assassinat d’un enfant de 15 ans par un policier dans les rues d’Athènes peut être attribuée, en principe, à la crise profonde que traverse l’État hellénique. Un État dominé par la partitocratie, qui place l’intérêt de la classe politique et de ses partenaires économico-médiatiques au-dessus de l’intérêt de la société. [...] Cette constante fait de la Grèce un laboratoire qui, dans le contexte de la crise mondiale actuelle, devient très intéressant. En effet, on a considéré que cette crise avait un caractère purement économique et financier. Pourtant cette approche cache la nature profondément politique de la crise. Je m’explique: ce qui est en cause en ce moment, c’est la rupture de l’équilibre dans la relation entre société, État et marché.
La discussion se résume à la relation que doivent établir entre eux l’État et le marché, et plus exactement à la question de savoir si le marché doit s’autoréguler ou s’il doit se soumettre à un cadre réglementaire géré par l’État. Mais [...] la société qui est la raison d’être aussi bien de l’État que du marché ne participe pas à la discussion. [...]
Les sociétés européennes commencent à comprendre que ce déficit de représentation est la cause profonde de l’éloignement des politiques publiques de leurs intérêts, de l’aggravation du cadre réglementaire (État de droit, État providence, inégalités, etc.) ainsi que de la direction prise par la mondialisation. Pourtant, l’approche de ce déficit de représentation de la société se fait sous un angle moral: on demande à la classe politique de se comporter en délégué du peuple, sans s’apercevoir que la Loi fondamentale prévoit expressément que la classe politique n’est pas obligée de se soumettre à son opinion. Et quand bien même cette obligation serait inscrite dans la Constitution, la société des citoyens n’aurait pas les moyens d’imposer son respect. Il faudrait pour cela que l’État lui restituât la qualité de mandant, que la société se transforme en peuple (demos) et se constitue politiquement pour qu’elle puisse affirmer sa volonté. Or le fait de soulever la question de la non-représentativité du système politique moderne en termes moraux, et non en termes de réforme de ce système, montre que ce projet ne fait pas partie de nos sociétés. Cela explique aussi pourquoi la contestation prendra des formes de plus en plus violentes[...]
Dans le dernier numéro de la revue flamande De Witte Raaf, G. van Oenen raconte l’histoire de squatters amstellodamois et, plus paticulièrement, les émeutes de 1980. Je traduis ci-dessous des extraits de ses conclusions:
La rencontre du ludique et de la résistance militante qui a eu lieu dans la capitale hollandaise en 1980 peut être considérée rétrospectivement comme les prémisses d’une évolution qui devient de plus en plus manifeste dans les années 80: il s’agit de la transition d’une culture progressiste d’émancipation vers une culture individualiste, libérale* et égoïste.
Les mouvements de protestation et les intellectuels de gauche, avec leur dénonciation indifférenciée des administrations communales, des spéculateurs, de la social-démocratie, de l’état, n’ont-ils pas ouvert la voie à la pensée libérale?
Emancipation plus poursuite de l’intérêt personnel par les squatters (le logement en l’occurrence) plus rejet de toute autorité: tout cela avec en prime la conviction que cela représente une critique de la société! Les squatters et les activistes sans le vouloir, sans même s’en apercevoir, ont gagné l’antichambre du libéralisme qui prône l’autonomie de l’individu et considère l’administration publique comme un mal nécessaire.
Les années 70 ont été une décennie de gauche, une époque des idéaux sociaux et de l’engagement social. Dans les années 80, par contre, le lien entre le personnel et le collectif disparaît. C’est le moment où M.Thatcher déclare: “la société n’ existe pas; il y a des hommes et des femmes, et il y a des familles”. Les années 80 ont été une époque de droite.
Dans ce contexte, on peut consulter utilement le bref article: A.Sibley, Les excès de l’individualisme (2008), d’où la citation du titre de ce billet. Ici l’auteur fait remonter les origines de l’individualisme bien plus loin dans le temps.
SOURCE: G. van Oenen, Vrijstaat. Hoe Amsterdam in 1980 zijn onschuld verloor , De Witte Raaf, 141 (2009)
” La presse a rendu public le contenu d’une lettre adressée au président de la Commission européenne par son vice président ; on y lit entre autres : « …Il faut se demander si nous ne devrions pas adopter des mesures beaucoup plus radicales [...]. À ce moment se pose avec acuité la question de savoir si une telle opération est possible dans le cadre de l’ordre social établi et si, par exemple, le système actuel de production peut être maintenu au niveau des entreprises. À mon avis, poser la question équivaut à y répondre par la négative »
Il ne s’agit pas d’une discussion sur la crise qui s’est amorcée en 2008. Nous sommes en 1972 ; l’ auteur de la lettre est Sicco Mansholt, le commissaire chargé de la Politique agricole commune. Un peu après, S. Mansholt précisera sa pensée dans un entretien au Nouvel Observateur. À la journaliste qui lui demande s’il était partisan d’une « croissance zéro », il répondra : « J’ai été très mal compris sur ce point. [...] Est-il possible de maintenir le taux de croissance sans modifi er profondément la société ? En étudiant lucidement le problème, on voit bien que la réponse est non. Alors il ne s’agit même plus de croissance zéro, mais d’une croissance en dessous de zéro. Disons le carrément : il faut réduire notre croissance économique, pour y substituer la notion d’une autre culture, du bonheur, du bien-être ».
En 1972 le choc pétrolier et la crise de l’énergie sont encore à venir. On observe les premiers indices de la désindustrialisation relative d’une partie de l’Europe et du transfert d’une partie de la production vers d’autres pays à la main-d’oeuvre peu coûteuse, prémisses d’une nouvelle organisation internationale de la production qui inaugurera, dans les faits et bien avant les discours, la mondialisation.
[...] L’idée de limite qui était au coeur des critiques des modes de développement ou la proposition de revoir les mesures du succès économique n’ont plus été jugées pertinentes en dehors de cénacles intellectuels ; les dirigeants économiques et politiques n’ont pas estimé devoir les mettre au coeur de leur action.
[...] Une nouvelle crise économique s’est annoncée avec brutalité fin 2008 dans le sillage d’une crise financière qui a démontré l’absurdité et les dangers d’un système construit sur une spéculation folle, miroir d’une gestion insensée (au sens de « contraire à toute raison ») d’une croissance économique privée de tout contrôle culturel ou social. Comme il y a trente ans, le risque sera grand de voir se concentrer tous les efforts sur une remise en marche de la machine.”
SOURCE: Extraits de l’article de M. Molitor, La croissance en panne de sens (2009)
“Nostalgie – oui j’en éprouve. Mais elle est bien cachée sous mon aversion pour la décadence” a dit à peu près l’émigré dk. “Cette aversion n’est qu’ une solution technique, j’en suis conscient”